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Séminaire de Dinah Ribard

2005-2006 : Savoirs, métiers, gestes

Le travail intellectuel : histoire (1600-1900)

2e et 4e mardis du mois de 11h à 13h (salle 5, 105 Bd Raspail)

Résumé

Deux questions, cette année, ont servi à aborder le travail intellectuel sous de nouveaux biais. Un premier parcours a été effectué autour des théories de la noblesse. Le point de départ était le jeu sur l'opposition entre noblesse et travail, d'une part, et le caractère noble des activités intellectuelles, d'autre part, dans les traités français sur la noblesse de la fin du xviie siècle. On s'est intéressé à la production de ces traités, en particulier celui de La Roque (1678), très lu en son temps, et aussi très fréquemment utilisé par les historiens en quête d'une conception « indigène » de la noblesse d'Ancien Régime, à mettre en regard avec les pratiques nobiliaires. Mais son Traité de la noblesse, comme les autres du même genre, n'est en fait pas dissociable des grandes enquêtes lancées par Colbert à partir des années 1660. La typologie complexe qu'il propose produit - offrant par là au pouvoir une théorie de ses pratiques - une réduction de la noblesse à deux catégories, l'immémoriale et l'anoblie par décision royale manifestée par des titres, c'est-à-dire rien moins qu'une compréhension commode de ce qui serait une conception dominante de l'appartenance à la noblesse. On a alors proposé, pour analyser le parcours de La Roque et l'élaboration de sa théorie de la noblesse, la notion de travail de recentrage : recentrage de ses écrits, au départ généalogiques et exécutés pour la noblesse de Normandie, en direction du cœur du pouvoir politique et sur leur cœur théorique. Si, chemin faisant, on a pu montrer qu'il avait en fait participé aux recherches de noblesse dans sa province, on s'est surtout intéressé aux tentatives d'un ensemble d'intellectuels de Caen pour constituer leurs activités en laboratoire d'un savoir politiquement utile.

Le cas de La Roque a donc permis de passer de la question de la position théorique des activités intellectuelles dans les typologies de la noblesse à celle des rapports pratiques de dépendance réciproque entre groupes de notables et acteurs intellectuels engagés dans la production d'une connaissance sur la noblesse et les généalogie familiales. On a alors examiné différents dossiers destinés à prouver la noblesse de tel ou tel malgré sa profession, en particulier celle de notaire, intéressante par son accès aux documents mêmes utilisés par les spécialistes de la noblesse et par son propre rapport à l'écriture.

L'enquête a alors été élargie, dans la deuxième partie du séminaire, aux écrits visant à ennoblir les professions et les métiers, en travaillant sur l'hypothèse que l'élimination des possibilités d'anoblissement discret et progressif, par l'accès à la notabilité, avait des effets sur leur prestige et les hiérarchies qui les organisaient. On s'est donc intéressé aux tentatives d'ennoblissement des différents métiers entre fin du XVIIe siècle et milieu du xviiie, notamment autour de la question de « l'art ». Tout un dossier de documents a été rassemblé, depuis des statuts et règlements de métier rédigés sous des formes fortement littérarisées jusqu'à des brochures consacrées à la « science » du tailleur ou à la dimension spirituelle de son « art », ou à des plaidoiries centrées sur la question de ce que l'acheteur achète dans un tableau. Cette enquête a amené à retravailler les recueils et collections consacrés aux problèmes de police (Delamare, Lamoignon, et d'autres moins connus) ainsi que la littérature des « devoirs d'état » et l'analyse qu'en a donnée Michel de Certeau. Ont été également pris en compte la poésie produite dans le cadre d'un « art » (en particulier celle d'un poète arquebusier des années 1630, François Poumerol), ainsi que les manuels sur les techniques propres à tel ou tel métier, notamment les manuels de dessin, de charpenterie et de « trait », très abondants au xviiie siècle. On a ainsi pu revenir sur l'historiographie de l'enseignement technique. Enfin, une séance a été consacrée aux écrits de Gaston de Renty (1611-1649), étudié l'année dernière en tant que protecteur temporel des frères cordonniers et tailleurs et supérieur de la Compagnie du Saint-Sacrement, donc du point de vue de son action en direction du monde du travail, et retrouvé cette année en tant qu'auteur de livres de mathématiques qui se présentent comme des initiations à visée pratique (et en français). On a tenté de faire le lien, jamais fait par ses différents biographes, entre ces deux aspects de l'activité d'un dévot.

Enfin, un invité (Frédéric Gabriel, Paris), est venu parler de l'élaboration scripturaire et théorique autour de la notion de « vicaire » (celui qui accomplit ce qu'il accomplit en lieu et place d'un autre) dans la théologie française du XVIIe siècle.

Publications 2005-2006

« Pratique(s) jésuite(s) de l'écrit : le Père Tournemine, les Mémoires de Trévoux et Fénelon », Dix-septième siècle, 228, juillet 2005, p. 513-526

« Philosophie et non-philosophie : Fontenelle et Descartes », Revue Fontenelle, 2-2004, 2005, p. 55-68

« Racine sans le théâtre. Le travail biographique dans les Mémoires sur la vie de Jean Racine » dans La Réception de Racine à l'âge classique : de la scène au monument, études présentées par N. Cronk et A. Viala, Oxford, Voltaire Foundation, Studies on Voltaire and the Eighteenth Century, 2005-8, p. 39-58

« Projets, chimères et utopies. Ecriture et avenir aux xviie et xviiie siècles » [in] R. Behrens / J. Steigerwald (Hrsg.), Die Macht und das Imaginäre. Eine kulturelle Verwandtschaft in der Literatur zwischen Früher Neuzeit und Moderne, Würzburg, Königshausen & Neumann, 2005, p. 89-103

« Sur plusieurs frontières : le président d'Espagnet (1564-après 1637) », Comètes, 2, « Sciences / Lettres - classements et croisement, xvie-xviiie siècle s », dir. M. Brunet et B. Parmentier, URL : http://www.cometes.org/revue/numeros/numero-2-sciences-lettres/dinah-ribard-sur-plusieurs-frontieres-le-president-despagnet/

« De l'écriture à l'événement. Acteurs et histoire de la poésie ouvrière autour de 1840 », Revue d'histoire du xixe siècle, 32, 2006-1, p. 79-91

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