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Séminaire de Christian Jouhaud et Dinah Ribard (2011-2015)

Travail intellectuel et écritures politiques. Autour de la Fronde

Mardi de 11 h à 13 h (salle 5, 105 bd Raspail 75006 Paris),

du 4 novembre 2014 au 26 mai 2015

2014-2015

Nous avons consacré à un bilan des acquis de quatre ans de travail en commun cette dernière année de séminaire sur l’écriture politique considérée comme mise en œuvre de ressources (intellectuelles, culturelles, sociales, locales ou au contraire devenues des ressources dans leur déplacement) que leur usage révèle. Il en révèle aussi des détenteurs jusque là invisibles aux yeux de l’historien, apparus pour agir dans la conjoncture frondeuse, très souvent disparus après. La transformation de l’usage de ces ressources en ressource, pour ainsi dire, la capitalisation de ce travail, souvent tentée sur le moment même, n’a pas toujours été réussie ; ce qui n’empêche pas qu’elle ait pu être accomplie par d’autres que les producteurs d’écrits frondeurs et leurs premiers commanditaires. On l’a vu cette année en étudiant le cas du Père Berthod. Ce moine franciscain semble avoir joué, dans les derniers mois de la Fronde à Paris puis à Bordeaux, un rôle d’agent secret du ministre et de coordinateur de différentes opérations destinées à sortir de la crise politique, mais les récits qu’il a peut-être rédigés de cette action, et qui ont en tout cas été donnés à conserver dans un recueil qui leur assurait des lecteurs, ne paraissent pas avoir servi à la faire reconnaître. Rapportés aux autres écrits du Père Berthod, qui concernent la musique et la liturgie, ces deux étranges récits dont l’écriture se trouve peu à peu investie par ce que nous pouvons nous représenter comme la littérature de l’époque nous ont cependant donné le moyen de réfléchir sur ce que permettait, politiquement, le fait d’être un moine au XVIIe siècle. Le retour sur la fin de la Fronde à Bordeaux nous a également amenés à revenir sur le dossier de l’Ormée, c’est-à-dire sur la question de ce qui était radical dans l’écriture et dans l’action d’une faction présentée comme radicale parce que populaire dans une historiographie continue depuis 1653. Travailler sur l’Ormée, c’est pourtant nécessairement être d’abord déçu par l’absence apparente de radicalité des pamphlets produits à Bordeaux dans ce moment de la Fronde, avant de pouvoir la retrouver dans la mise en écriture de la communauté urbaine dans ces pamphlets. Expérience, ressources (et expérience comme ressource), radicalités : ces questions ont été abordées de plusieurs manières pendant l’année. On s’est ainsi interrogé sur les rapports entre l’écrit et l’oral, peu abordés les trois années précédentes. On l’a d’abord fait à partir de la question de la prédication politique, là encore à Paris, où elle est réputée inexistante pendant la Fronde, et à Bordeaux, où les liens des activités du « curé bordelais », personnage de nombreux libelles, avec les conflits socio-politiques des décennies précédant la Fronde ont fait l’objet de plusieurs séances. D’autres séances ont été consacrées aux cours publics de philosophie politique proposés tout au long de la crise par un inconnu, ou peut-être seulement annoncés, et en réalité formulés par écrit dans des brochures et des tables synoptiques dont le caractère radical a également été questionné. On a enfin travaillé sur l’écriture à clé comme simulacre, et sur l’acte consistant à imprimer des listes de noms d’individus ayant participé à une cérémonie à l’automne 1652 – ou présentés comme l’ayant fait par ces imprimés.


Publications

Christian Jouhaud :

Livres :

- Richelieu et l’écriture du pouvoir. Autour de la Journée des dupes, Paris, Gallimard, coll L’esprit de la Cité, 2015.

- La folie Dartigaud, Paris, Editions de l’Olivier, 2015.

Articles :

- « Le contexte comme fiction », Erudition et fiction, Eric Méchoulan (éd.), Paris, Classiques Garnier, 2014, p. 87-102.

- « Frontières des mazarinades, l’Inconnu et l’événement », Ecritures de l’événement : les Mazarinades    bordelaises (Myriam Tsimbidy éd.), Eidôlon 116, Presses Universitaires de Bordeaux, 2015, p. 17-25.

Dinah Ribard

Edition critique :

Charles Sorel, La Bibliothèque française (1667), éd. critique réalisée par Filippo d’Angelo, Mathilde Bombart, Laurence Giavarini, Claudine Nédelec, Dinah Ribard, Michèle Rosellini, Alain Viala, Paris, Honoré Champion, 2015, 680 p.

Chapitre d’ouvrage :

« Histoire » dans Histoire des traductions en langue française XVIIe et XVIIIe siècles, s. l. d. d'Y. Chevrel, A. Cointre et Y.-M. Tran-Gervat, Lagrasse, Verdier, 2014, ch. X, p. 769-853 (avec Hélène Fernandez)

Articles :

- « Le menuisier et l'enfant », Gradhiva 2/ 2014 (n° 20), p. 84-108

- « La science comme littérature à l’époque moderne », Littératures classiques, n° 85, 2014, « Littérature et science : archéologie d’un litige (XVIe-XVIIIe siècles), dir. Ph. Chométy et J. Lamy, p. 135-152

- « Un manuel de combat » dans Charles Sorel, La Bibliothèque française (1667), p. 465-485

- Articles « Baillet (Adrien) », « Boschet (Antoine) » et « Huet (Pierre-Daniel) » dans L. Foisneau (éd.), Dictionnaire des philosophes français du XVIIe siècle. Acteurs et réseaux du savoir, Paris, Classiques Garnier, 2015

 

2013-2014

Le séminaire s’est ouvert, cette année, sur un retour sur le supposé événement historiographique, célébré pendant une vingtaine d’années, du « retour à l’événement » après un demi-siècle d’histoire non-événementielle, structurale, anthropologique. Nous avons souhaité nous emparer de quelques contributions à une réflexion sur la question de l’événement qui en réalité n’a cessé de cheminer dans de nombreux secteurs de la recherche historique, pour les confronter à notre propre pratique d’historiens de l’écrit à l’époque moderne. L’objectif était, plus particulièrement, de nous interroger sur le problème du rapport entre la perception, ou la construction, de certains faits du passé comme événements – au temps de leur survenue ou après – et l’historicité des traces produites par les acteurs du passé, utilisés par eux au plus proche de l’événement et parfois même dans l’événement, et saisies ensuite par l’historien pour garantir la réalité de cette perception. Dans cette perspective, nous avons particulièrement travaillé deux objets, deux mises en intrigue de la Fronde comme événement, dans le temps même de son déroulement, qui étaient aussi des manières d’agir : la Manière de cultiver les arbres fruitiers du curé Le Gendre (1652) et l’Eclaircissement de quelques difficultés touchant l’administration du cardinal Mazarin de Jean Silhon (1650, rééd. 1651). Le premier est l’un des premiers traités d’arboriculture français, ouvert par une longue préface qui, en faisant l’histoire de la science de faire pousser les arbres fruitiers de l’Antiquité au début du XVIIe siècle, et sans jamais parler de la crise politique, en produit néanmoins une interprétation qui rend possible un certain type d’intervention. Le second est un livre d’histoire immédiate qui constitue une des étapes de ce que Silhon a conçu ouvertement à la fois comme une carrière d’historien et de philosophe au service du pouvoir politique et comme une œuvre. Albert Schirrmeister (post-doctorant au Grihl) nous a par ailleurs fait bénéficier d’une mise au point sur la question de l’événement dans la recherche historique allemande. Nous avons ensuite abordé la question des chansons et poèmes de la Fronde, cette guerre civile qui a si fortement laissé le souvenir d’une guerre en chansons, et avons réfléchi sur le rapport entre légèreté et radicalité. Plusieurs supports, du placard associant une chanson à des images au recueil de chansons supposées avoir été chantées, ont été observés dans cette perspective. Certaines séances ont été consacrées à une gazette en vers, celle de Loret – autre forme de mise en histoire de l’événement dans le temps de l’événement, et dont le passage à l’imprimé, après la Fronde, a rendu inaccessible l’insertion initiale dans la crise politique. La publication et les republications multiples, au cœur même de cette crise, puis après, de plusieurs livres liés à l’histoire du ministère de Richelieu, ont fait l’objet d’un autre ensemble de séances. Le désordre a en effet rendu possible la parution d’ouvrages, et de documents, dont la position par rapport au pouvoir du cardinal-ministre n’est pourtant pas forcément critique, mais bien plutôt ambiguë, et qui n’ont cessé aussi d’être modifiés, manipulés, travaillés au cours du temps, et en fonction des lieux où ils ont été réimprimés (Paris, la Hollande). L’un d’entre eux, le Journal du grand Orage, est depuis devenu une source importante pour les historiens. Mentionnons pour terminer une séance consacrée à la présentation d’une recherche sur l’évêque homme de lettres et homme politique Antoine Godeau, et une discussion autour du constat, étonnant, de la parution d’un grand nombre des traductions d’histoire importantes, aux yeux des historiens de la traduction au XVIIe siècle, dans le moment de la Fronde.

 

Publications :

Christian Jouhaud

- « Contextualiser l’expérience ? », Des contextes en histoire, La bibliothèque du Centre de Recherches Historiques, 2013, pp. 329-347.

- « Evénement, événementialité, traces », Recherches de science religieuse, 102/1, janvier-mars 2014, pp. 63-77 (avec Dinah Ribard).

- « Maltraitances du passé », Penser/rêver, 26 (automne 2014), pp. 207-222.

- « Raconter la révolte : récits porchnéviens et récits mousniéristes », Écrire l’histoire
 par temps de guerre froide. Soviétiques et Français autour de la crise de l’Ancien régime, Collection études révolutionnaires n° 15, Société des études robespierristes, 2014, pp. 113-124.

 

Dinah Ribard

- « Dramatique de la charité. Quelques réflexions sur l'histoire des histoires déjà écrites », Zeitsprünge. Forschungen zur Frühen Neuzeit, Band 17 (2013), Heft 4, p. 452-468.

- « Le temps de la poésie des ouvriers. Prise de parole, travail et littérature en contextes », dans F. Brayard (dir.), Des contextes en histoires, Actes du Forum du CRH 2011, La Bibliothèque du Centre de recherches historiques, 2013, p. 227-294.

- « Arpenter. Essai d'analyse non procédurale et non discursive d'une querelle du XVIIIe siècle », Littérature classiques, n°81, p. 269-280.

- « Les mémoires sans le genre » dans Le Sens du passé. Pour une nouvelle approche des Mémoires, Etudes réunies et présentées par M. Hersant, J.-L. Jeannelle et D. Zanone, Rennes, PUR, 2013, p. 29-40.

- « Evénement, événementialité, traces », Recherches de science religieuse, 102/1, janvier-mars 2014, pp. 63-77 (avec Christian Jouhaud).

- « Leszek Kolakowki/Jean Séguy. Penser l’Eglise », Archives de Sciences Sociales des Religions, 166 (avril-juin 2014), p. 97-113 (avec Sophie Houdard).

- « Artisan, poète. Littérature et biographie » dans M. Residori, H. Tropé, D. Boillet et M.-M. Fragonard (éds), Vies d’écrivains, Vies d’artistes. Espagne France, Italie. XVIe-XVIIIe siècles, Paris, Presses Sorbonne Nouvelle, 2014, p. 201-214.

 

2012-2013

Un bon nombre de séances, cette année, ont été consacrées à ressaisir les libelles de la Fronde au miroir d'autres conjonctures pamphlétaires et du point de vue de leur place dans une histoire des libelles d'Ancien Régime dont on a constaté qu'elle avait été largement écrite – certes de manière fragmentaire, éclatée, souterraine – sous l'Ancien Régime lui-même. Autrement dit, nous nous sommes intéressés à la connaissance, voire la science des libelles, à la « libellistique » mobilisée dans l'événement par des acteurs aux statuts sociaux et politiques très différents, donc a priori inégaux du point de vue de l'information politique dont ils pouvaient disposer pour comprendre les pamphlets de leur temps ; à la libellistique comme travail intellectuel. La conjoncture des années 1630 a ainsi été abordée à travers la possibilité, inscrite dans ces libelles eux-mêmes, de lire des écrits anonymes qui se répondent, libelles imprimés d'un côté, « Apologie » manuscrite de l'autre, comme un affrontement en réalité direct entre deux des plus importants acteurs politiques du temps, Richelieu et Michel de Marillac, le vainqueur et le vaincu de ces années-là. Plusieurs séances organisées autour du travail de Tatiana Baranova Debaggi (Université Paris Sorbonne) sur les libelles de la Ligue et de celui de Yasushi Noro (Université d'Okayama, Japon, maître de conférences invité) sur les premières polémiques autour du jansénisme ont permis de poursuivre la discussion en amont et en aval de cette période, sur des cas particulièrement importants. Ce qu'il en était du savoir sur la catégorie de libelle, et du savoir historique sur les libelles de la Ligue, du ministériat de Richelieu et de la Fronde (et au-delà), dans la pensée et les pratiques de contrôle de la publication imprimée qui avaient cours chez Malesherbes, le fameux directeur de la librairie, a fait l'objet d'une autre série de séances. Nous nous sommes également intéressés à des recueils de pièces du temps composés peu après la Fronde et aujourd'hui démembrés. Des objets désormais classés parmi les « mazarinades » y voisinent avec des écrits très différents, notamment des séries d'oraisons funèbres, et les effets de connaissance et de signification ainsi produits, en l'occurrence par des anonymes a priori sans fonction politique, sont remarquables. La « libellisation » de l'oraison funèbre (celle par exemple de Jean-Pierre Camus, mort pendant la Fronde, par Antoine Godeau, évêque et écrivain) ou des autres formes de l'éloquence religieuse dans une crise politique qui n'est pas d'ordinaire considérée comme traversée par l'activisme religieux a été observée à partir de ce constat. Enfin, une dernière série de séances s'est organisée autour de la relecture comme libelles de la Fronde de pièces publiées au temps de la Fronde, liées à l'histoire de la grammaire et de linguistique et à l'histoire de l'Académie française – à commencer par la Relation contenant l'histoire de l'Académie française de Paul Pellisson (1653) – et qui n'ont jamais été examinées dans cette perspective.

Publications

Christian Jouhaud

Ouvrage :

Mazarinades. La Fronde des mots, traduction japonaise, Tokyo, Suseisha, 2013, 374 p.

Direction d'ouvrage :

Avec Maurice Fourré à Richelieu, Les Cahiers Fourré, Paris, AAMF Edition, 2013.

Articles :

« Les risques du métier. Surin à Loudun », Penser / Rêver, 22, automne 2012, p. 221-226.

« L'action rendue visible comme stratégie par son écriture. Marie Du Bois et la maison du Poirier (1649) », dans D. Ribard et N. Schapira (dir.), On ne peut pas tout réduire à des stratégies. Pratiques d'écriture et trajectoires sociales, Paris, PUF, 2013, p. 93-104.

« Le lieu des spectres. Maurice Fourré et Richelieu », dans Avec Maurice Fourré à Richelieu, Les Cahiers Fourré, Paris, AAMF Edition, 2013.

Dinah Ribard

Direction d'ouvrage :

(en collaboration avec Nicolas Schapira) : On ne peut pas tout réduire à des stratégies. Pratiques d'écriture et trajectoires sociales, Paris, PUF, 2013

Articles :

« "Une femme n'est point obligée d'être théologienne". Le genre de la théologie » dans J.-P. Gay et Ch.-O. Stiker-Métral (dir.), Les Métamorphoses de la théologie. Théologie, littérature, discours religieux au XVIIe siècle, Paris, Honoré Champion, 2012, p. 237-262 (avec Xenia von Tippelskirch)

« Vies de philosophes et situation de la philosophie à l'époque moderne », dans F. Cossutta, P. Delormas et D. Maingueneau (éds), La Vie à l'œuvre. Le biographique dans le discours philosophique, Limoges, Editions Lambert-Lucas, 2012, p. 37-52.

« Historiographies. L'activité et l'écriture critiques entre presse et littérature, XVIIIe et XIXe siècles »,  COnTEXTES [En ligne], n° 11 | 2012. URL : http://contextes.revues.org/5303 ; DOI : 10.4000/contextes.5303 (avec Judith Lyon-Caen)

« La belle mort d'une ouvrière : Bremond, l'histoire littéraire, le témoignage » dans Littérature et spiritualité au miroir de Henri Bremond, textes réunis par A. Guiderdoni-Bruslé et Fr. Trémolières, Grenoble, Jérôme Millon, 2012, p. 143-153.

« Les mémoires sans le genre » dans J.-L. Jeannelle et M. Hersant (dir.), Le Sens du passé. Pour une nouvelle approche des Mémoires, La Licorne, Rennes, PUR, 2013, p. 29-40.

2011-2012

La Fronde (1648-1653) est une période d'intense production écrite. Cette production ne se réduit pas aux mazarinades, et sous cette dernière appellation se profilent des écritures très diverses, susceptibles d'être étudiées dans une perspective qui n'est pas seulement celle de la crise politique. Réciproquement, de nombreux écrits parus à l'époque, touchant aux savoirs, aux métiers, à la religion, à la charité publique, aux belles-lettres, etc., n'ont jamais été considérés dans leur rapport à l'événement politique. Les conjonctures frondeuses, observées de ces deux points de vue, laissent voir des formes de travail de la pensée et des usages sociopolitiques de l'écrit imperceptibles autrement. Dans la perspective ouverte par cette recherche, les écrits ne sont plus séparés par leur appartenance ou non à la catégorie de « mazarinades », mais la Fronde y est saisie comme conjoncture d'écriture et de publication, comme « fenêtre » sur des pratiques intellectuelles multiples, et sur des formes de travail de la pensée qu'on ne voit pas ou qu'on ne peut pas comprendre comme telles autrement, et qui sont mobilisées comme ressources dans la crise politique. Au cours de cette première année de séminaire consacrée à une telle approche des écrits du temps de la Fronde, on a donc tenté de réévaluer d'une part l'impact de la crise politique sur des écrits qui ne sont pas repérables comme des mazarinades et, d'autre part, de mieux observer dans un certain nombre de mazarinades la part du travail intellectuel qui investit leur écriture et que leur mise en série comme libelles de la Fronde estompe. Nous avons aussi considéré la Fronde comme moment d'élaboration, de production de types d'écrits, de façons d'écrire, de rapports à l'écrit, de pensées de l'écriture, de politiques de l'écriture qu'on voit repris, présents, mis en œuvre bien plus tard et ailleurs. En partant d'une chronologie courte nous avons ainsi été conduits à nous déplacer au long du XVIIe siècle et au-delà. Après quelques séances introductives de mise en place de la problématique, le travail a été centré sur trois dossiers. On s'est d'abord intéressé, principalement à partir du cas d'écrits bordelais, à l'écriture de l'histoire de la Fronde durant la Fronde même : sont ainsi apparues des sociabilités lettrées et des pratiques intellectuelles investies dans l'interprétation des « mouvements » mais d'évidence préexistantes à la crise politique et pourtant insaisissables en dehors d'elle. Plusieurs séances ont ensuite été consacrées à la mazarinade attribuée sur sa page de titre au « poète-menuisier » Adam Billaut, ce qui a fait surgir comme question politique la pratique – mise en œuvre par Adam Billaut lui-même ou par d'autres que lui – consistant à attribuer un texte anonyme à une figure éditoriale d'auteur constituée une décennie plus tôt mais mobilisée dans l'action politique frondeuse. Enfin les « mémoires » de Bussy-Rabutin ont été étudiés du point de vue des rapports entre le récit et la citation de correspondances du temps de la Fronde. Ces correspondances, instructions, « mémoires » ou « relations » d'événements destinés à la reproduction et à la diffusion sont des écrits d'action : leur usage décalé révèle la pensée de l'action qui a conduit à leur élaboration, leur diffusion, leur conservation. On s'est ainsi efforcé d'approcher l'événementialité du travail intellectuel en dehors de la question de l'innovation, de l'invention, de la rupture.

Pour citer ce document

, « Travail intellectuel et écritures politiques. Autour de la Fronde», grihl [En ligne], Enseignement, Séminaire de Christian Jouhaud et Dinah Ribard (2011-2015), mis à jour le : 05/11/2015
, URL : http://grihl.ehess.fr/index.php?481.
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