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Séminaire de Judith Lyon-Caen

2011-2012 : Ecriture et expérience du monde social. Les usages sociaux de la littérature, XIXe-XXe siècles

Résumé

Le séminaire consiste en un parcours au fil d’une série de chantiers, de dossiers, où des productions littéraires du passé, au XIXe ou au XXe siècle, sont constituées en objets pour l’histoire. C’est bien cette opération – constituer un écrit littéraire en objet pour l’histoire, ce qui revient à le mettre dans le passé et à la regarder comme venant du passé jusqu’à nous et vivant éventuellement dans notre présent comme « littérature » - qui constitue le cœur de mon travail : de « source pour l’histoire », la littérature devient « objet pour l’histoire » et, dans ce mouvement, les questions traditionnelles de méthode (que reflètent, expriment, représentent, indiquent du passé d’où ils viennent les textes littéraires ?) deviennent elles-mêmes des objets d’enquête : les manières de donner à lire et de lire, de publier, diffuser, commenter, critiquer, contextualiser, temporaliser la littérature relèvent d’une histoire des usages de la littérature, d’une histoire du « fait littéraire » au même titre que ces écrits qualifiés de littéraires.

Un premier ensemble de dossiers relève en 2011-2012 des « politiques de la littérature » au XIXe siècle : il s’intéresse à des écrits en relation l’histoire politique du XIXe siècle, qui peuvent en proposer des mises en histoire spécifiques, mais ne peuvent être décrits à partir des catégories de « l’engagement » ou du « repli », qui dominent le récit traditionnel des relations entre littérature et politique au XIXe siècle. Ce sont des écrits qui, dans le temps même de leur écriture et dans les modalités temporelles et matérielles de leur publication, travaillent, questionnent, traversent la politique : une telle perspective peut permettre d’éclairer des écrits tombés dans l’oubli ou peu étudiés (comme les « fictions de 1848 » d’Hippolyte Castille ou de Champfleury), mais elle modifie aussi les contextualisations possibles de romans plus évidemment politiques, voire engagés (Les Mystères du Peuple de Sue, le cycle révolutionnaire de Dumas), ou des romans désenchantés, ou réputés réactionnaires, comme les romans normands de Barbey d’Aurevilly, qui posent la question de l’écriture « ralliée » au pouvoir.

Les usages de la littérature dans l’écriture de l’histoire du XIXe siècle ont également été envisagés dans une séance consacrée à l’histoire de la folie, en collaboration avec Jean-Luc Chappey et Anne Simonin, ainsi que dans un travail qui faisait retour sur les rapports, à propos du XIXe siècle, entre histoire et psychanalyse, avec Guillaume Cuchet.

Un second dossier, poursuivi cet année, notamment dans une collaboration avec Judith Lindenberg (dont je co-anime le projet ANR consacré à la collection Dos Poylishe Yidntum, publiée à Buenos Aires entre 1946 et 1966), concerne l’usage de la littérature comme forme du témoignage. Ce dossier prend appui sur l’analyse et la contextualisation de la première mise en histoire des écrits de témoignages des camps et des ghettos publiée en France après guerre, la thèse de Michel Borwicz, lui-même survivant, ancien membre de la résistance polonaise, ancien directeur de l’un des premiers comités historiques en Pologne, en 1945. Devenu historien des écrits des camps et des ghettos, Borwicz insiste dans les années 1950 sur la variété des pratiques et des actions d’écriture dans le temps de la « catastrophe », sur l’importance de la littérature, comme compétence et comme ressource, comme forme du témoignage. De plus manière générale, je me suis intéressé cette année aux manières dont les premiers historiens, ­­— qui étaient eux-mêmes des acteurs survivants et des témoins —, de ce qu’on appelait pas encore la Shoah ont envisagé, analysé et valorisé, la production de littérature dans ce temps de la catastrophe. Ce dossier s’est articulé avec un séjour de recherches en Pologne en avril 2012, où j’ai pu présenter ce travail (à l’Institut historique juif de Varsovie et à l’Université de Varsovie).

Le XXe siècle était également présent dans une série de séminaires consacré à Annie Ernaux comme historiographe du temps qui passe, — dossier qui a permis de revenir sur l’histoire de plus longue durée des relations entre littérature et sciences sociales, puisque les romans d’Annie Ernaux sont reçus (et en partie constitués) comme des romans bons pour la sociologies, et qui s’articulait avec ma participation, en juillet 2012, au colloque de Cerisy consacré à l’écrivain.

Publications liées au séminaire en 2012

Joseph Balsamo – Le Collier de la Reine, introduction et dossier par Judith Lyon-Caen, Paris, Gallimard, « Quarto », 2012.

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